Valentijn Dhaenens

Valentijn Dhaenens (° Gent, 1976) crée Domestica pour le KVS.

Quelle profession voulais-tu exercer plus tard quand tu étais enfant ? 

J’ai toujours voulu faire du théâtre. En tout cas, depuis que j’ai 6 ans je dis que je veux être acteur. Un des premiers moments dont je me souviens c’est que quand on était en famille, tout le monde riait quand j’imitais quelqu’un. Même si pour le reste j’étais plutôt un enfant introverti, je savourais énormément cette attention. Peut-être que c’est là que le premier germe est né. L’image que j’avais du jeu d’acteur était évidemment complètement différente de l’image que j’ai aujourd’hui. Enfant, j’étais vite fasciné par le théâtre en tant que lieu où se passent des choses singulières et je trouvais ces mensonges (faire semblant) plus fantastiques que la vraie réalité. D’une certaine manière, je fais donc ce que j’ai toujours voulu faire. 

Quel est ton moment inoubliable sur scène ?

Pour chaque spectacle, il y a en moyenne 1 fois sur 30 où tout est parfait. Ça, c’est pour les vrais moments suprêmes. Les rares fois où on a l’impression que le lieu, le temps, soi-même et le public ne font qu’un et partagent la même émotion. Ce moment unique et rare où tout semble coïncider et nous donne tout ce que nous avons toujours espéré. La première représentation de DegrotemonD à Amsterdam, c’était un de ces moments-là, je m’en souviens comme d’un moment magique où tout, chaque pause, chaque silence, chaque accélération de rythme, semblait juste.  La semaine passée, j’ai joué DeKleineOorlog à Brisbane, la représentation avait une charge émotionnelle inattendue dont j’ai été énormément surpris. J’avais ce sentiment comme si un spectacle à un certain moment est à la bonne place, comme s’il avait été fait pour ce public, ce soir-là, en ce lieu précis.

Pourquoi fais-tu Domestica pour le KVS ?

Enfant, j’ai vécu le divorce de mes parents, et contrairement à beaucoup d’autres, c’était pour moi une sorte de délivrance. Une délivrance de la tension et de la peur que je ressentais lors des nombreuses discordes de mes parents. Je me souviens d’être au lit et d’entendre mes parents hausser le ton ou pleurer parfois. Dans ces moments-là, je perdais tout sentiment de protection ou de confiance, et moi je voulais divorcer de mes parents, prendre un sac à dos, sauter sur mon go-cart, sur la voie rapide toute proche et partir le plus loin possible d’eux. Aujourd’hui encore, il y a un certain type de dispute qui m’est très pénible. Ça peut être dans n’importe quel contexte, mais si dans une discussion difficile certaines fréquences sont atteintes, je suis encore subjugué par la même envie de fuir. Je crois que c’est cette fascination émotionnelle qui est le premier motif à la base de ce spectacle, dans l’espoir de révéler un peu de cette terreur que j’éprouve, tout comme beaucoup d’autres personnes certainement.